Ethnographie des scouts de Belgique

I Love Belgium... and you?

Louvain-la-Neuve est une ville qui facilite les rencontres. Ainsi, j’ai fait la connaissance de Martin, probablement un des gars les plus sympas que je connaisse et habitant de Louvain-la-Neuve (oui, il vit et il a grandi dans cette ville folle!). Bien qu’ayant grandi dans deux milieux relativement différents, je suis toujours étonné de constater nos ressemblances : mêmes intérêts académiques, mêmes goûts musicaux, etc. Or, il existe une différence majeure entre Martin et moi : Martin a passé les quinze dernières années de sa vie plus ou moins impliqué dans les scouts alors que je n’ai jamais participé à quoi que ce soit qui se rapproche de Baden Powell. Ce dernier week-end, nous avons fait le nécessaire pour corriger la situation. J’allais vivre ma première expérience du scoutisme.

Il faut savoir que les mouvements de jeunesse (scouts, guides, patro, etc.) sont immensément populaires en Belgique. Flamands, Bruxellois et Wallons envoient en masse leurs enfants découvrir la nature et les secrets des nœuds coulants. On estime qu’il y a 300 000 jeunes impliqués dans les différents mouvements. Ce qui veut dire que trois Belges sur cent, tout âge et sexe confondus, passent leurs samedis et leurs étés à courir les bois et les villes en uniforme coloré. Il m’a suffi de passer quelques semaines à Louvain-la-Neuve pour me rendre compte que presque tous mes collègues ont participé ou participent toujours à ces mouvements de jeunesse. Si plusieurs associent le scoutisme à l’Église et à l’armée, il faut savoir que les mouvements belges ont fait plusieurs efforts pour se distinguer et de développer leur culture propre. Et cette culture, je me suis fait proposer de l’observer et surtout d’y participer. J’allais être un des intendants (responsable logistique et bouffe) de la troupe K2, de Louvain-la-Neuve.

Dès les premiers moments, je me suis senti comme un anthropologue des années 1920 envoyé d’une lointaine métropole pour observer un peuple étrange, aux coutumes incompréhensibles. En m’immisçant et en participant à la vie de ce groupe, j’allais peut-être pouvoir comprendre.

En route
En route vers Blanmont

Début de l’aventure, Louvain-la-Neuve, une quarantaine d’adolescents mâles se retrouvent avec de grands sacs à dos et leur vélo au point de rencontre. Je rencontre les chefs de la troupe et me familiarise avec la hiérarchie scoute. La troupe est animée par plusieurs chefs. Ils sont en charge des différentes activités. La troupe se divise ensuite en patrouille : les aigles, les castors, les mustangs, les renards, les lynx et les jaguars. Chaque patrouille est composée de scouts d’âges différents, de douze à dix-sept ans. Habituellement, le plus vieux et le plus mature sont chefs de patrouille. Il est lui-même assisté par un second de patrouille. Dans plusieurs cas, notamment pour la discipline et la logistique, ce sont les chefs de patrouille qui sont responsables du bon fonctionnement de leurs ouailles. La division des patrouilles est aussi à la base des jeux, où les différentes patrouilles seront en compétition. Finalement, les intendants sont souvent d’anciens scouts ou des amis des chefs. Ils participent aux différents jeux, mais se chargent surtout de l’organisation logistique de la réunion scoute. Bref, ce sont eux qui font la bouffe et la vaisselle! Fait important à noter, personne dans l’organisation n’est payé. Tout se fait sur une base volontaire.

Après une balade mouvementée d’une quinzaine de kilomètres à travers les champs du Brabant wallon, nous arrivons à Blanmont, petite bourgade agricole. Nous nous installons rapidement dans un centre communautaire. Ce sera la base des opérations. Mon choc fut assez important quand j’ai constaté à quel point les scouts étaient laissés à eux-mêmes. Mon expérience et ma formation en animation au Québec sont très claires sur ce point : il ne faut jamais laisser les jeunes sans surveillance et sans animation. Or, dans le scoutisme belge, les scouts bénéficient de plusieurs moments pendant lesquels ils peuvent faire ce que bon leur semble. De manière générale, cela ressemble à des conneries et à des bagarres amicales. Tout ce que j’avais appris à éviter dans les camps du Québec! Malgré ma surprise, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir l’esprit de fraternité incroyable qui se dégageait de ces moments. En se tapant, se lançant dans l’herbe, se tordant les bras, ces scouts vivaient une amitié masculine incroyable. Force était de constater que j’y étais un peu étranger : je n’avais jamais eu la chance de vivre des moments prolongés uniquement entre gars, isolé de la gent féminine et des inhibitions qui l’accompagne.

La petite France
Terrain de jeu des scouts: la campagne du Brabant wallon

J’alterne donc entre jeux et popote. Une heure, je suis un indic que les patrouilles scoutes doivent attraper pour obtenir de précieuses informations. L’autre heure, je fais griller vingt kilogrammes de saucisses dans trois centimètres de gras pour remplir les estomacs insatiables d’une quarantaine d’adolescents. Mon accent est rapidement remarqué et plusieurs scouts montrent beaucoup d’intérêt pour le Canada, les têtes à claques et les Cowboys fringants. La plupart d’entre eux m’impressionnent, car ils franchissent sans effort la barrière des banalités sur les différences culturelles (l’accent, le vocabulaire, les grands espaces, etc.) et font preuve d’une authentique curiosité.

Samedi soir, nous avons droit à une veillée organisée par une des patrouilles. Ceux-ci ont organisé plusieurs jeux très drôles et mirent plusieurs chansons au programme. On a fini par chanter coup sur coup Amsterdam et Le Plat Pays. Il y a de bonnes choses qui ne se perdent pas. Avec le vent d’Ouest, écoutez-le tenir…

Nous retournons à Louvain-la-Neuve comme nous l’avons quitté, encore fatigués des longues courses à travers la campagne et la vie rudimentaire à la scout. Je ne saurais vous relater toutes les anecdotes, toutes les manifestations de la culture scoute, tous les délires que j’y ai vécus en moins de quarante-huit heures. Je reste simplement marqué et séduit par la vie scoute. Tellement que, c’est officiel, je serai intendant pour le camp d’été de la troupe K2, pendant les deux premières semaines de juillet. Plusieurs aventures à venir! Je crois même que j’y serai totémisé (acquisition d’un nom d’animal). Ver de terre vaillant serait mon premier choix.

La petite France
De retour à Louvain-la-Neuve
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4 commentaires »

  1. Gorfou said

    Salut Samoyède!
    Je suis tombé sur ton site par hasard et j’ai lu une petite partie…C’était très chouette de passer un camp avec toi!
    J’espère que tu reviendra dire un petit bonjour a la K2 hein!

    Gorfou.

    PS:VIVE LES BéBéS MORTS!!!!

  2. bonjour
    je m’appelle colbert,je sui un chef scouts du congo(brazzaville).
    je veux bien participer a votre activite.quel sont les disposition a prendre,pour être a cette activite.
    merci a très bientôt que dieu nous benise
    mon numero est 00242 669-42-62

  3. Mouflon said

    Un petit détail : il y a près de 300.000 jeunes dans les mouvements de jeunesses en Belgique et non 100.000. Rien chez les scouts (tout mouvement confondus, langue confondue), il y en a plus de 160.000…

    Juste une précision… 🙂

    Marrant de voir nos habitudes vues par quelqu’un d’externe.

  4. oliviergrattongagne said

    Merci Mouflon pour la précision. C’est maintenant corrigé!
    Scout toujours!

    Olivier

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