48 heures chez les Danois

Je suis un gars très chanceux. Fin avril, j’ouvre ma boîte courriel comme chaque soir et y trouve une offre à la manière du Parrain (ajoutez un accent italien et vieillissant) : une offre que l’on ne peut pas refuser. Ma tante Marie travaille pour une compagnie danoise et m’invite à passer quelques jours avec elle à Copenhague, où elle se rend au début mai. Quelques recherches et arrangements d’horaires plus tard, j’ai tout planifié. Départ le lundi soir et retour mercredi soir. Un trop bref séjour dans le royaume des gens les plus heureux au monde.

J’arrive donc à Copenhague, prends le métro hypermoderne et sors alors que le soleil se couche, dans une ville déjà endormie. Marie m’expliquera plus tard que les Danois sont très calmes la semaine, mais qu’ils sont de vrais fêtards dès que 17h sonne le vendredi. Tant pis pour la fête donc, puisque je visite Copenhague en pleine semaine.

Marie m’accueille à l’hôtel avec sa chaleur habituelle, doublée par les circonstances exceptionnelles. Elle m’amène manger dans le Tivoli, un grand parc d’attractions au cœur de la ville et décoré avec goût! Tous deux fatigués, nous retraitons rapidement vers l’hôtel. Je réalise qu’il y a des conforts dont j’avais oublié l’existence : une vraie serviette, un bon matelas et une télévision!

Mon bolide supersonique
Mon bolide supersonique

Si Copenhague (ou København, en Danois) traîne la réputation d’une ville pluvieuse, elle m’offre dès le matin un ciel radieux et imperturbablement bleu. Après avoir souhaité la bonne journée à Marie (elle travaille alors que je visite, quelle injustice!) j’enfourche un vélo en libre-service et pars à la découverte des rues de la ville. Même si mon vélo n’a pas de vitesses et pas de freins à main, le cyclisme est on ne peut plus facile : les rues sont calmes et dotées de nombreuses pistes cyclables. Je me rends dans les nombreux parcs de la ville et croise des milliers d’enfants blonds blonds et blonds platine et leurs parents blonds blondes et en moyenne une tête plus haut que moi. Les stéréotypes sont tenaces, mais ils s’avèrent vrais. Les Danois (et les Danoises 🙂 ) ont le profil scandinave : grands, minces et blonds. La langue danoise est aussi assez unique : pour un profane, elle ressemble à un mal de gorge. Heureusement, tout le monde parle un bon anglais, avec un accent généralement plus effacé que le mien.

Dans le vent!
Dans le vent!

Je pousse ma balade un peu plus loin jusqu’à la très célèbre statue de la Petite Sirène, qui, avant d’être gravé dans nos inconscients collectifs comme une rouquine au bikini coquillage par Disney, était den lille havfrue, l’héroïne d’un conte du conteur des conteurs, Hans Christian Andersen (le héros littéraire des Danois a, entre autres, écrit Le Vilain Petit Canard, La Princesse au petit pois et La Petite Fille aux allumettes). La statue en question n’est pas très belle, mais elle suscite l’attention de dizaines de touristes. Je croyais retrouver le Manneken Pis, le célèbre symbole de Bruxelles : très connu, mais très banal.

Plus tard en après-midi, je rejoins quatre couchsurfers pour un gathering informel : un Néo-Zélandais, une Allemande, un Danois et une Danoise. Bien posé au milieu du Parc du roi, nous avons tranquillement causé de tout et de rien. Ce fut l’occasion pour moi d’en apprendre un peu plus sur le Danemark. Même dirigé par un gouvernement de droite, le Danemark reste un des pays les plus progressistes en matière de services sociaux et, inévitablement, de fiscalité. Congés parentaux généreux, soins médicaux de qualité et système d’éducation complet ne sont que quelques-uns des bienfaits de leur État-Providence. Pour tous ses services, les Danois paient beaucoup, beaucoup d’impôts. Suffisamment pour donner une syncope à Milton Friedman. Cela ne semble pas constituer un problème en soi : les Danois flirtent toujours avec le haut du classement des pays les plus riches et des pays les plus heureux. Et sûrement aussi, les plus éduqués, les plus en santé, etc. Bref, il fait bon être un des 5,5 millions de Danois.

Les rues tranquiles de Copenhague
Jamais embêté par le trafic!

Le reste de la journée est consacrée à la découverte architecturale de la ville. Je pars avec mon vélo et mon appareil photo et tente de croquer des beaux monuments ou des édifices au design plus moderne. Brûlé par le soleil du Nord et fatigué des nombreux kilomètres parcourus, je retrouve finalement Marie à l’hôtel.

Nyhavn
Nyhavn

M’étant levé trop tard pour trouver un vélo gratuit, je dois découvrir la ville à pied. J’en profite pour me rendre à Nyhavn, un petit port photogénique situé au cœur de la ville. Mon chemin m’amène ensuite à Christiania, une gigantesque commune anarchohippie installée sur la Rive-Sud de Copenhague. Édifiée dans les années soixante-dix par quelques idéalistes, elle n’a cessé de se développer et a su vivre en relative harmonie avec le reste de Copenhague. On y trouve la fameuse Pusher Street, où les drogues douces furent vendues à même de petits kiosques dans la rue. Toutefois, dans les dernières années, le gouvernement s’est attardé à démanteler Pusher Street. Au dire des gens, cela n’a qu’à amplifier le problème, car maintenant les vendeurs sévissent dans toute la ville et ne vendent plus uniquement des drogues douces… Heureusement, Christiania est bien plus qu’un marché en plein air de substances euphorisantes : on y trouve toute sorte d’habitations très colorées et gérées de manières alternatives.

Christiania
Beaucoup d’humour à Christiania!

Je dois quitter Christiania pour me rendre à l’hôtel puis à l’aéroport. En prenant le métro, j’admire l’organisation et la fiabilité du système de transport en commun de la ville. À ce moment même, un employé passe dans le train et beugle quelques mots en danois. Ma voisine me traduit gentiment les instructions : il faut tous sortir à la prochaine station. À mi-chemin vers l’aéroport, tous les passagers sont pris le quai d’une station au milieu de nulle part. Je constate peu à peu que les minutes avant le départ de l’avion s’épuisent dangereusement vite. Le métro ne voulant toujours par redémarrer, je m’aventure dans la rue à la recherche d’un taxi. Je m’enquiers auprès d’un homme en veston cravate : malheureusement, il est dans la même situation que moi. Je m’avance plus loin et ne trouve que de petites routes qui ne mènent à rien. J’aperçois soudain un taxi, déjà pris, qui s’arrête miraculeusement. Je retrouve le gars en veston et un autre. Alors que le taxi file vers l’aéroport, je me demande comment j’arriverai à payer ma part, puisqu’il ne me reste plus un sou. À ce moment même, un des hommes nous lance tranquillement : « You guys go catch your plane, I’ll pay it, I’m on expense. » Une heure plus tard, je revois la route du taxi depuis le hublot du vol qui me ramène au royaume des Belges.

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Un commentaire »

  1. […] les scouts et découvre leur culture propre. On m’y initie aux grands noms de l’humour belge. Je passe deux jours à Copenhague, où je squatte à l’hôtel où loge ma tante Marie. Guillaume revient en Belgique et nous […]

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