Blocus.

Du 28 janvier au 16 mai, Louvain-la-Neuve est une ville jeune, vivante, fêtarde, enjouée, irresponsable et habitée. Au coup de minuit du 17 mai, un processus étrange émerge. L’âge mental de Louvain-la-Neuve passe de quinze à vingt-cinq ans en quelques secondes. Les bars étudiants sont fermés, une grande partie de la population estudiantine est retournée chez ses parents, les terrasses sont désertées. Quand on trouve des étudiants, ils sont habituellement terrés dans leur kot, les yeux infectés par l’écran cathodique, les mains prises de spasmes caféinés et submergés par des piles de feuilles et de cartables. Ils ne sortent que pour manger le reste de pâtes à la crème de la veille. Les kilojoules nécessaires absorbés, ils retrouvent vite leur chambre. On peut aussi les trouver en très grand nombre à la Fac-Copie. Les sourires rencontrés dans les soirées arrosées de février sont devenus des rictus stressés de mai. À la chaîne, les photocopieurs crachent des milliers de notes de cours, lesquelles sont péniblement ramenées au kot par leur nouveau propriétaire. Le soleil illumine les parcs abandonnés alors que les lampes restent ouvertes très tard le soir.

Ici, on appelle ça le blocus. C’est la période de deux semaines après les cours et avant les examens. Deux semaines pour ingérer jusqu’à l’étouffement le maximum de matière. Une bonne proportion d’étudiants commence réellement à travailler à ce moment-là. Mon cours de Management humain est suivi officiellement par 125 étudiants. Or, ayant assisté à tous les cours sauf un, je peux affirmer qu’il n’y avait jamais plus de vingt-cinq personnes qui se présentaient à la salle de cours. Les cent autres ont préféré, semble-t-il, étudier la matière pendant le blocus et de tenter leur chance à l’examen. Loin d’être l’apanage des cancres, cette pratique est extrêmement répandue à Louvain-la-Neuve.

Après les deux semaines de blocus, il y a encore trois semaines d’examen. Ensuite, c’est fini pour de bon. Ayant été un élève attentif et travaillant depuis le début des cours, je vis ce moment comme une trahison. Il permet à tous ceux qui n’ont pas travaillé pendant le quadrimestre de se bourrer la cervelle de matière et de tout recracher à l’examen. Mes efforts cumulatifs seront donc très peu récompensés et seront évalués par un examen final comptant pour 100% du cours.

À ce moment, je comprends que je dépasse la limite de mon relativisme culturel et que j’entre de plain-pied dans l’ethnocentrisme. J’accepte volontiers la nourriture locale, la bière locale, les accents locaux et les façons de faire locales. Mais dès qu’il s’agit de notes, d’évaluation et d’examens (bref, ce qui touche directement mes besoins de sécurité dans ma pyramide de Maslow), je n’ai pas de peine à affirmer que ce mode d’évaluation est antipédagogique, qu’il vide les classes et pénalise la compréhension au profit du par cœur. Les manières d’évaluer à la québécoise apparaissent tellement meilleures!

Me voilà donc prosterné devant mes syllabus, mes notes de cours et les impressions des Power-Point des profs. Je les répète machinalement, comme une Bible ou un Coran. Heureusement, j’ai développé des petits trucs pour rendre l’exercice moins pénible et moins sujet à la procrastination : je me bâtis mes propres questionnaires ou m’enregistre lisant les notes du professeur. Je grimpe ensuite sur le toit avec matelas, ordinateur et oreiller puis me fait bronzer tout en m’écoutant décrire l’avènement de l’oralité chez Homo Erectus (pour les curieux, leur langage était probablement composé de termes concrets et de verbes à l’infinitif, sans grammaire et accompagné de gestes.)

J’ai bon espoir de sortir indemne de la période d’examen et d’obtenir de bons résultats. Toutefois, je dois admettre que je vis pour la première fois un véritable choc culturel, légèrement anxiogène, de surcroît.

J’ai déjà passé un de mes quatre examens et cela s’est très bien passé. Je trouve simplement que deux semaines avant mon premier examen (et encore deux autres avant mon deuxième et troisième) me laisse beaucoup trop de temps pour développer un stress improductif. Je vous tiens au courant du développement de mes examens!

Publicités

Un commentaire »

  1. Même son de cloche chez les bérets ! J’avoue que je partage en partie ton choc culturel…

    Même si les étudiants vont généralement à leurs cours à mon université (ça manque de syllabus et de notes du professeurs dans les cours de théâtre, ce qui n’encourage pas vraiment à tout miser sur les dernières semaines…), c’est vrai qu’on se retrouve étrangement à l’étroit rendu à l’examen final… qui vaut aussi pour 100% de la note ! Bonjour le par coeur ici aussi…

    Je ne suis pas contre les examens classiques où l’on doit ingérer des tas de notes pour les régurgiter ensuite. Y’a au moins une partie de ça qui reste. Mais ça crée exactement le mouvement étudiant que tu es en train de vivre Olivier: les vacances pendant un bon moment puis un rush (pas très formateur finalement) quand arrive les partiels…

    Bon courage ! On se revoit bientôt en vacances tous les deux !

RSS feed for comments on this post · TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :