Mes cours

Au boulot!
Au boulot!

Maintenant que le stress est redescendu après un mois de blocus et d’examen (ce qui veut dire que je suis en vacances!), j’aimerais prendre quelques minutes pour vous présenter les trois cours que j’ai suivis à l’Université catholique de Louvain

Mardi matin : Anthropologie de la communication

Deux professeurs se sont succédé pour retracer ni plus ni moins que l’histoire de la communication, des australopithèques au cinéma. L’évolution de l’homme, l’accession à la parole et à l’écriture puis l’imprimerie, le télégraphe optique, la photographie, l’électricité et le cinéma, le tout en plus ou moins quatorze cours et quatre séances de travail pratique. L’approche des professeurs était résolument évolutionniste (non, non, pour eux, l’homme descend du singe et n’a pas été créé de toutes pièces il y a cinq mille ans!) et constructiviste (pas de déterminisme technique ici : les inventions et la société se constituent mutuellement). Les points positifs : matière rafraîchissante et très bonne présence en classe du deuxième professeur. Les points négatifs : un examen fondé sur le par cœur et des séances de travail pratique rébarbatives.

Jeudi matin : Séminaire d’analyse psychologique et sociologique des organisations

On entre ici dans les tréfonds de l’organisation moderne, passé sous la loupe par un corpus d’auteur très pertinent. C’est dans ce cours que mon dépaysement intellectuel fut le plus grand. J’ai eu la chance de lire et d’avoir des cours sur la gestion des ressources humaines et les organisations au Québec, mais mes professeurs n’ont pas osé aborder les théories plus critiques ou inspirées de la psychanalyse. Ici, j’ai eu droit à tout cela. Violence organisationnelle, menace de castration, adhésion passionnelle à l’entreprise, communication paradoxale et règles génératrices de sens, ces termes me sont maintenant familiers. À l’occasion du cours, nous avons également eu à faire un travail de groupe (avec Josée, ma collègue québécoise, notamment) et une présentation orale sous forme de séminaire. Les plus : le corpus d’auteur, la justesse du propos de l’enseignant, les Belges sympas avec qui on a fait le travail. Les moins : les thématiques sombres et l’angoisse préexamen!

Jeudi après-midi et vendredi après-midi : Management humain

Encore ici, ce cours fut donné par deux professeurs. Un est vice-recteur de l’Université et l’autre consultant organisationnel. Le cours, de manière générale, en est un de ressources humaines. Les concepts ne sont pas particulièrement nouveaux pour moi, mais bien la manière de les aborder. Les profs ne se sont pas privés de nous livrer une multitude d’exemples qui m’en ont appris beaucoup sur la culture belge. Ce cours fut aussi l’occasion d’un travail de groupe très important, avec des entrevues en entreprise, plusieurs rencontres de coordination, de la recherche documentaire, un oral et un travail final. Malgré le travail important, nous nous en sommes bien tirés et sommes arrivés à gérer la réalisation d’une main de maître. Encore ici, j’ai eu la chance de travailler avec des gens sympas. Les plus : Les exemples et les imitations de Patrice Gobert, un des profs. Les moins : la matière un peu redondante pour moi.

Vendredi matin : Théorie des jeux et analyse de décision

Véritable ovni dans ma formation constructivo-humano-relativiste en communication : un cours de mathématique! La théorie des jeux étudie des situations (des jeux!) où plusieurs joueurs choisissent des actions qui influencent les résultats des autres joueurs. La théorie des jeux s’est appliquée avec succès dans de nombreuses disciplines comme l’économie, la biologie, les relations internationales ou la philosophie. Par contre, mon cours ne portait pas sur les applications, mais sur la théorie pure, logique et mathématique. Très difficile au début, la matière est devenue de plus en plus familière et j’ai même pu aider de nombreux collègues. Les points positifs : depuis que j’ai cinq ans, j’aime les mathématiques. Encore ici, j’ai retrouvé la satisfaction de répondre correctement à un problème, sans aucune ambiguïté. Aussi, la très grande disponibilité du professeur qui m’a aidé à résoudre plusieurs problèmes. Les points négatifs : Le prof est très gentil, mais ses cours étaient difficiles à suivre.

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Examens!

Examens!

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Un peu de détente…

Si je vous faisais part de tous les trucs dingues que je trouve sur Internet…, je crois que la plupart d’entre vous auraient déjà cessé de me lire. Je me permets quand même de petites exceptions, surtout quand ma vie belge n’est pas particulièrement passionnante.

Source: Times Higher Education

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Blocus.

Du 28 janvier au 16 mai, Louvain-la-Neuve est une ville jeune, vivante, fêtarde, enjouée, irresponsable et habitée. Au coup de minuit du 17 mai, un processus étrange émerge. L’âge mental de Louvain-la-Neuve passe de quinze à vingt-cinq ans en quelques secondes. Les bars étudiants sont fermés, une grande partie de la population estudiantine est retournée chez ses parents, les terrasses sont désertées. Quand on trouve des étudiants, ils sont habituellement terrés dans leur kot, les yeux infectés par l’écran cathodique, les mains prises de spasmes caféinés et submergés par des piles de feuilles et de cartables. Ils ne sortent que pour manger le reste de pâtes à la crème de la veille. Les kilojoules nécessaires absorbés, ils retrouvent vite leur chambre. On peut aussi les trouver en très grand nombre à la Fac-Copie. Les sourires rencontrés dans les soirées arrosées de février sont devenus des rictus stressés de mai. À la chaîne, les photocopieurs crachent des milliers de notes de cours, lesquelles sont péniblement ramenées au kot par leur nouveau propriétaire. Le soleil illumine les parcs abandonnés alors que les lampes restent ouvertes très tard le soir.

Ici, on appelle ça le blocus. C’est la période de deux semaines après les cours et avant les examens. Deux semaines pour ingérer jusqu’à l’étouffement le maximum de matière. Une bonne proportion d’étudiants commence réellement à travailler à ce moment-là. Mon cours de Management humain est suivi officiellement par 125 étudiants. Or, ayant assisté à tous les cours sauf un, je peux affirmer qu’il n’y avait jamais plus de vingt-cinq personnes qui se présentaient à la salle de cours. Les cent autres ont préféré, semble-t-il, étudier la matière pendant le blocus et de tenter leur chance à l’examen. Loin d’être l’apanage des cancres, cette pratique est extrêmement répandue à Louvain-la-Neuve.

Après les deux semaines de blocus, il y a encore trois semaines d’examen. Ensuite, c’est fini pour de bon. Ayant été un élève attentif et travaillant depuis le début des cours, je vis ce moment comme une trahison. Il permet à tous ceux qui n’ont pas travaillé pendant le quadrimestre de se bourrer la cervelle de matière et de tout recracher à l’examen. Mes efforts cumulatifs seront donc très peu récompensés et seront évalués par un examen final comptant pour 100% du cours.

À ce moment, je comprends que je dépasse la limite de mon relativisme culturel et que j’entre de plain-pied dans l’ethnocentrisme. J’accepte volontiers la nourriture locale, la bière locale, les accents locaux et les façons de faire locales. Mais dès qu’il s’agit de notes, d’évaluation et d’examens (bref, ce qui touche directement mes besoins de sécurité dans ma pyramide de Maslow), je n’ai pas de peine à affirmer que ce mode d’évaluation est antipédagogique, qu’il vide les classes et pénalise la compréhension au profit du par cœur. Les manières d’évaluer à la québécoise apparaissent tellement meilleures!

Me voilà donc prosterné devant mes syllabus, mes notes de cours et les impressions des Power-Point des profs. Je les répète machinalement, comme une Bible ou un Coran. Heureusement, j’ai développé des petits trucs pour rendre l’exercice moins pénible et moins sujet à la procrastination : je me bâtis mes propres questionnaires ou m’enregistre lisant les notes du professeur. Je grimpe ensuite sur le toit avec matelas, ordinateur et oreiller puis me fait bronzer tout en m’écoutant décrire l’avènement de l’oralité chez Homo Erectus (pour les curieux, leur langage était probablement composé de termes concrets et de verbes à l’infinitif, sans grammaire et accompagné de gestes.)

J’ai bon espoir de sortir indemne de la période d’examen et d’obtenir de bons résultats. Toutefois, je dois admettre que je vis pour la première fois un véritable choc culturel, légèrement anxiogène, de surcroît.

J’ai déjà passé un de mes quatre examens et cela s’est très bien passé. Je trouve simplement que deux semaines avant mon premier examen (et encore deux autres avant mon deuxième et troisième) me laisse beaucoup trop de temps pour développer un stress improductif. Je vous tiens au courant du développement de mes examens!

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Encore un peu de paresse…

Les étangs d'Ixelles
Les étangs d’Ixelles

Mon ami Guillaume est de nouveau venu me rendre visite. Voici ce qu’il avait à dire sur nos deux jours à Bruxelles:

Après beaucoup de bon temps (et quelques coups de soleil), j’ai dit au revoir à tout le monde et surtout remercié mes amies pour tout cela et je me suis dirigé vers la capitale du pays. Olivier, mon fier compagnon de voyage québécois qui lui étudie une session à Louvain-la-Neuve (je vous rappelle qu’il écrit aussi un blog de voyage), m’a donc rejoint à Bruxelles pour passé deux jours avec moi. Après avoir été au musée de l’Armée (gratuit et immense avec ses salles remplies de vieux tanks et d’avions d’une autre époque (quoiqu’en pense l’armée canadienne ! )) et bu de très bonnes bières dans une foire médiévale, nous sommes allé retrouvé Olivier (eh oui, un autre !), un couchsurfer habitué d’héberger mon ami lorsqu’il débarque dans la ville du Manneken Pis (je vous mets ce lien car j’adore ce site !). Après un bon souper spaghetti-sauce-blanche-saumon-fumée, nous sommes allés tous les cinq (nous trois plus sa coloc japonaise et son neveu de 14 ans), au Recyclart, un club techno utilisant la nuit l’entrée d’une gare train acitve pendant le jour ! Encore une fois, nous sommes revenus aux petites heures du matin et le lendemain fût plutôt difficile…

Qu’à cela ne tienne, Olivier et moi avons quitté tout ce beau monde pour aller marcher toute la journée dans Bruxelles. C’est que nous savions qu’il y aurait une très attendue course de boîtes à savon dans le centre-ville, et nous ne pouvions pas manquer ce grand moment de la vie commuautaire belge ! J’avoue que ma préférée fût celle pour deux chauffeurs en forme de manette de jeu vidéo, mais j’avoue que le drôle de chien vert fait en papier mâché a particulièrement capté notre attention avec son crash monumental à la ligne d’arrivée… de la haute voltige ! La reprise au ralenti sur les écrans géants donnaient des sueurs froides!

Puis encore une fois, la fin de la journée arrivant, il m’a fallu dire bye bye à Olivier et à la Belgique, du moins pour le moment… Là, c’est les partiels du semestre (comprenez les examens de la fin de session valant 100% de la note) qui arrivent à grands pas ! Votre humble reporter devra peut-être raccrocher ses chaussures de marche et ses cartes (plutôt que ses patins) pendant un petit bout de temps… mais n’a pas dit son dernier mot !

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48 heures chez les Danois

Je suis un gars très chanceux. Fin avril, j’ouvre ma boîte courriel comme chaque soir et y trouve une offre à la manière du Parrain (ajoutez un accent italien et vieillissant) : une offre que l’on ne peut pas refuser. Ma tante Marie travaille pour une compagnie danoise et m’invite à passer quelques jours avec elle à Copenhague, où elle se rend au début mai. Quelques recherches et arrangements d’horaires plus tard, j’ai tout planifié. Départ le lundi soir et retour mercredi soir. Un trop bref séjour dans le royaume des gens les plus heureux au monde.

J’arrive donc à Copenhague, prends le métro hypermoderne et sors alors que le soleil se couche, dans une ville déjà endormie. Marie m’expliquera plus tard que les Danois sont très calmes la semaine, mais qu’ils sont de vrais fêtards dès que 17h sonne le vendredi. Tant pis pour la fête donc, puisque je visite Copenhague en pleine semaine.

Marie m’accueille à l’hôtel avec sa chaleur habituelle, doublée par les circonstances exceptionnelles. Elle m’amène manger dans le Tivoli, un grand parc d’attractions au cœur de la ville et décoré avec goût! Tous deux fatigués, nous retraitons rapidement vers l’hôtel. Je réalise qu’il y a des conforts dont j’avais oublié l’existence : une vraie serviette, un bon matelas et une télévision!

Mon bolide supersonique
Mon bolide supersonique

Si Copenhague (ou København, en Danois) traîne la réputation d’une ville pluvieuse, elle m’offre dès le matin un ciel radieux et imperturbablement bleu. Après avoir souhaité la bonne journée à Marie (elle travaille alors que je visite, quelle injustice!) j’enfourche un vélo en libre-service et pars à la découverte des rues de la ville. Même si mon vélo n’a pas de vitesses et pas de freins à main, le cyclisme est on ne peut plus facile : les rues sont calmes et dotées de nombreuses pistes cyclables. Je me rends dans les nombreux parcs de la ville et croise des milliers d’enfants blonds blonds et blonds platine et leurs parents blonds blondes et en moyenne une tête plus haut que moi. Les stéréotypes sont tenaces, mais ils s’avèrent vrais. Les Danois (et les Danoises 🙂 ) ont le profil scandinave : grands, minces et blonds. La langue danoise est aussi assez unique : pour un profane, elle ressemble à un mal de gorge. Heureusement, tout le monde parle un bon anglais, avec un accent généralement plus effacé que le mien.

Dans le vent!
Dans le vent!

Je pousse ma balade un peu plus loin jusqu’à la très célèbre statue de la Petite Sirène, qui, avant d’être gravé dans nos inconscients collectifs comme une rouquine au bikini coquillage par Disney, était den lille havfrue, l’héroïne d’un conte du conteur des conteurs, Hans Christian Andersen (le héros littéraire des Danois a, entre autres, écrit Le Vilain Petit Canard, La Princesse au petit pois et La Petite Fille aux allumettes). La statue en question n’est pas très belle, mais elle suscite l’attention de dizaines de touristes. Je croyais retrouver le Manneken Pis, le célèbre symbole de Bruxelles : très connu, mais très banal.

Plus tard en après-midi, je rejoins quatre couchsurfers pour un gathering informel : un Néo-Zélandais, une Allemande, un Danois et une Danoise. Bien posé au milieu du Parc du roi, nous avons tranquillement causé de tout et de rien. Ce fut l’occasion pour moi d’en apprendre un peu plus sur le Danemark. Même dirigé par un gouvernement de droite, le Danemark reste un des pays les plus progressistes en matière de services sociaux et, inévitablement, de fiscalité. Congés parentaux généreux, soins médicaux de qualité et système d’éducation complet ne sont que quelques-uns des bienfaits de leur État-Providence. Pour tous ses services, les Danois paient beaucoup, beaucoup d’impôts. Suffisamment pour donner une syncope à Milton Friedman. Cela ne semble pas constituer un problème en soi : les Danois flirtent toujours avec le haut du classement des pays les plus riches et des pays les plus heureux. Et sûrement aussi, les plus éduqués, les plus en santé, etc. Bref, il fait bon être un des 5,5 millions de Danois.

Les rues tranquiles de Copenhague
Jamais embêté par le trafic!

Le reste de la journée est consacrée à la découverte architecturale de la ville. Je pars avec mon vélo et mon appareil photo et tente de croquer des beaux monuments ou des édifices au design plus moderne. Brûlé par le soleil du Nord et fatigué des nombreux kilomètres parcourus, je retrouve finalement Marie à l’hôtel.

Nyhavn
Nyhavn

M’étant levé trop tard pour trouver un vélo gratuit, je dois découvrir la ville à pied. J’en profite pour me rendre à Nyhavn, un petit port photogénique situé au cœur de la ville. Mon chemin m’amène ensuite à Christiania, une gigantesque commune anarchohippie installée sur la Rive-Sud de Copenhague. Édifiée dans les années soixante-dix par quelques idéalistes, elle n’a cessé de se développer et a su vivre en relative harmonie avec le reste de Copenhague. On y trouve la fameuse Pusher Street, où les drogues douces furent vendues à même de petits kiosques dans la rue. Toutefois, dans les dernières années, le gouvernement s’est attardé à démanteler Pusher Street. Au dire des gens, cela n’a qu’à amplifier le problème, car maintenant les vendeurs sévissent dans toute la ville et ne vendent plus uniquement des drogues douces… Heureusement, Christiania est bien plus qu’un marché en plein air de substances euphorisantes : on y trouve toute sorte d’habitations très colorées et gérées de manières alternatives.

Christiania
Beaucoup d’humour à Christiania!

Je dois quitter Christiania pour me rendre à l’hôtel puis à l’aéroport. En prenant le métro, j’admire l’organisation et la fiabilité du système de transport en commun de la ville. À ce moment même, un employé passe dans le train et beugle quelques mots en danois. Ma voisine me traduit gentiment les instructions : il faut tous sortir à la prochaine station. À mi-chemin vers l’aéroport, tous les passagers sont pris le quai d’une station au milieu de nulle part. Je constate peu à peu que les minutes avant le départ de l’avion s’épuisent dangereusement vite. Le métro ne voulant toujours par redémarrer, je m’aventure dans la rue à la recherche d’un taxi. Je m’enquiers auprès d’un homme en veston cravate : malheureusement, il est dans la même situation que moi. Je m’avance plus loin et ne trouve que de petites routes qui ne mènent à rien. J’aperçois soudain un taxi, déjà pris, qui s’arrête miraculeusement. Je retrouve le gars en veston et un autre. Alors que le taxi file vers l’aéroport, je me demande comment j’arriverai à payer ma part, puisqu’il ne me reste plus un sou. À ce moment même, un des hommes nous lance tranquillement : « You guys go catch your plane, I’ll pay it, I’m on expense. » Une heure plus tard, je revois la route du taxi depuis le hublot du vol qui me ramène au royaume des Belges.

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Ethnographie des scouts de Belgique

I Love Belgium... and you?

Louvain-la-Neuve est une ville qui facilite les rencontres. Ainsi, j’ai fait la connaissance de Martin, probablement un des gars les plus sympas que je connaisse et habitant de Louvain-la-Neuve (oui, il vit et il a grandi dans cette ville folle!). Bien qu’ayant grandi dans deux milieux relativement différents, je suis toujours étonné de constater nos ressemblances : mêmes intérêts académiques, mêmes goûts musicaux, etc. Or, il existe une différence majeure entre Martin et moi : Martin a passé les quinze dernières années de sa vie plus ou moins impliqué dans les scouts alors que je n’ai jamais participé à quoi que ce soit qui se rapproche de Baden Powell. Ce dernier week-end, nous avons fait le nécessaire pour corriger la situation. J’allais vivre ma première expérience du scoutisme.

Il faut savoir que les mouvements de jeunesse (scouts, guides, patro, etc.) sont immensément populaires en Belgique. Flamands, Bruxellois et Wallons envoient en masse leurs enfants découvrir la nature et les secrets des nœuds coulants. On estime qu’il y a 300 000 jeunes impliqués dans les différents mouvements. Ce qui veut dire que trois Belges sur cent, tout âge et sexe confondus, passent leurs samedis et leurs étés à courir les bois et les villes en uniforme coloré. Il m’a suffi de passer quelques semaines à Louvain-la-Neuve pour me rendre compte que presque tous mes collègues ont participé ou participent toujours à ces mouvements de jeunesse. Si plusieurs associent le scoutisme à l’Église et à l’armée, il faut savoir que les mouvements belges ont fait plusieurs efforts pour se distinguer et de développer leur culture propre. Et cette culture, je me suis fait proposer de l’observer et surtout d’y participer. J’allais être un des intendants (responsable logistique et bouffe) de la troupe K2, de Louvain-la-Neuve.

Dès les premiers moments, je me suis senti comme un anthropologue des années 1920 envoyé d’une lointaine métropole pour observer un peuple étrange, aux coutumes incompréhensibles. En m’immisçant et en participant à la vie de ce groupe, j’allais peut-être pouvoir comprendre.

En route
En route vers Blanmont

Début de l’aventure, Louvain-la-Neuve, une quarantaine d’adolescents mâles se retrouvent avec de grands sacs à dos et leur vélo au point de rencontre. Je rencontre les chefs de la troupe et me familiarise avec la hiérarchie scoute. La troupe est animée par plusieurs chefs. Ils sont en charge des différentes activités. La troupe se divise ensuite en patrouille : les aigles, les castors, les mustangs, les renards, les lynx et les jaguars. Chaque patrouille est composée de scouts d’âges différents, de douze à dix-sept ans. Habituellement, le plus vieux et le plus mature sont chefs de patrouille. Il est lui-même assisté par un second de patrouille. Dans plusieurs cas, notamment pour la discipline et la logistique, ce sont les chefs de patrouille qui sont responsables du bon fonctionnement de leurs ouailles. La division des patrouilles est aussi à la base des jeux, où les différentes patrouilles seront en compétition. Finalement, les intendants sont souvent d’anciens scouts ou des amis des chefs. Ils participent aux différents jeux, mais se chargent surtout de l’organisation logistique de la réunion scoute. Bref, ce sont eux qui font la bouffe et la vaisselle! Fait important à noter, personne dans l’organisation n’est payé. Tout se fait sur une base volontaire.

Après une balade mouvementée d’une quinzaine de kilomètres à travers les champs du Brabant wallon, nous arrivons à Blanmont, petite bourgade agricole. Nous nous installons rapidement dans un centre communautaire. Ce sera la base des opérations. Mon choc fut assez important quand j’ai constaté à quel point les scouts étaient laissés à eux-mêmes. Mon expérience et ma formation en animation au Québec sont très claires sur ce point : il ne faut jamais laisser les jeunes sans surveillance et sans animation. Or, dans le scoutisme belge, les scouts bénéficient de plusieurs moments pendant lesquels ils peuvent faire ce que bon leur semble. De manière générale, cela ressemble à des conneries et à des bagarres amicales. Tout ce que j’avais appris à éviter dans les camps du Québec! Malgré ma surprise, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir l’esprit de fraternité incroyable qui se dégageait de ces moments. En se tapant, se lançant dans l’herbe, se tordant les bras, ces scouts vivaient une amitié masculine incroyable. Force était de constater que j’y étais un peu étranger : je n’avais jamais eu la chance de vivre des moments prolongés uniquement entre gars, isolé de la gent féminine et des inhibitions qui l’accompagne.

La petite France
Terrain de jeu des scouts: la campagne du Brabant wallon

J’alterne donc entre jeux et popote. Une heure, je suis un indic que les patrouilles scoutes doivent attraper pour obtenir de précieuses informations. L’autre heure, je fais griller vingt kilogrammes de saucisses dans trois centimètres de gras pour remplir les estomacs insatiables d’une quarantaine d’adolescents. Mon accent est rapidement remarqué et plusieurs scouts montrent beaucoup d’intérêt pour le Canada, les têtes à claques et les Cowboys fringants. La plupart d’entre eux m’impressionnent, car ils franchissent sans effort la barrière des banalités sur les différences culturelles (l’accent, le vocabulaire, les grands espaces, etc.) et font preuve d’une authentique curiosité.

Samedi soir, nous avons droit à une veillée organisée par une des patrouilles. Ceux-ci ont organisé plusieurs jeux très drôles et mirent plusieurs chansons au programme. On a fini par chanter coup sur coup Amsterdam et Le Plat Pays. Il y a de bonnes choses qui ne se perdent pas. Avec le vent d’Ouest, écoutez-le tenir…

Nous retournons à Louvain-la-Neuve comme nous l’avons quitté, encore fatigués des longues courses à travers la campagne et la vie rudimentaire à la scout. Je ne saurais vous relater toutes les anecdotes, toutes les manifestations de la culture scoute, tous les délires que j’y ai vécus en moins de quarante-huit heures. Je reste simplement marqué et séduit par la vie scoute. Tellement que, c’est officiel, je serai intendant pour le camp d’été de la troupe K2, pendant les deux premières semaines de juillet. Plusieurs aventures à venir! Je crois même que j’y serai totémisé (acquisition d’un nom d’animal). Ver de terre vaillant serait mon premier choix.

La petite France
De retour à Louvain-la-Neuve

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